Enquête. Street art à Montpellier : vandale ou vendable ?

Brigade anti-tag, répression policière contre les graffeurs… la ville de Montpellier n’est pas des plus tendres avec la majorité de ces artistes de rue. Pourtant, des galeries de street art existent en ville et la municipalité organise même des visites sur le thème de l’art de rue.

Quel paradoxe ! « Montpellier est la seule ville de France qui a une brigade anti-tag et dont l’Office de tourisme organise des visites sur le graffiti. C’est étonnant, mais c’est un fait », reconnait Céline Girard, guide conférencière de l’Office de tourisme de Montpellier. Moyennant 9€, il vous est possible depuis mai 2015 de participer à une visite guidée exclusivement dédié au graffiti à Montpellier. Les quais du Verdanson, le quartier des Beaux-Arts, le centre-ville, une rencontre avec un galeriste… le programme de cette visite peu conventionnelle de 2h est complet.

« Ça me rend folle, c’est complètement hypocrite ! », s’agace Keini Liguagua, directrice de l’association Line Up, qui promeut le street art à Montpellier depuis 2016. Elle accuse la mairie de faire du profit sur ces fresques, alors qu’elle n’a pas contribué financièrement à leur élaboration. Plus encore : si la ville de Montpellier promeut l’art urbain, elle entreprend aussi son éradication.

Rapport complexe

En effet, depuis trente ans, la mairie missionne la société de nettoyage Ciel Vert, basée à Pérols (Hérault), pour nettoyer les murs de la ville. « Le graffiti reste un art illégal, vandale. Il est moins toléré car il est difficile à enlever, la mairie de Montpellier considère que c’est une plaie », explique Céline Girard. Sept jours sur sept, douze agents de la société arpentent les rues pour enlever les tags disgracieux.

Ainsi, le graffiti ne se développe pas énormément dans le centre historique de la ville, où les graffeurs sont pourchassés par la police. « Pour qu’ils puissent s’exprimer sans trop en mettre là où on ne veut pas, on leur plus ou moins laissé les quais du Verdanson, spacieux et bétonnés », poursuit la guide conférencière. Rapport complexe ou pure hypocrisie, toujours est-il que la ville fait du profit sur un prétendu fléau qu’elle dénonce.

« MontpellYeah » : ici aux quais du Verdanson, les graffeurs donnent de l’amour à la ville de Montpellier… mais celle-ci ne leur rend pas toujours. Crédit photo : Cédric Rémia.


Des murs de la ville aux galeries d’art

Malgré ces restrictions, les œuvres de certains graffeurs sont exposés et vendues dans des galeries du centre de Montpellier. Deux graffeurs montpelliérains de renom, Myst et Zest, font partie de ceux-là. Leurs œuvres pullulent sur les murs des quais du Verdanson, berceau du street art montpelliérain, mais elles sont aussi présentées et vendues à la galerie At Down, située dans le centre de Montpellier.

S’ils utilisent marqueurs et bombes pour recouvrir les pans de murs, leurs créations exposées sont réalisées sur toile. « En fonction du support, ils expérimentent d’autres techniques. Sur toile, ils s’essayent aux flaques et aux coulures de peintures », explique Céline Girard. Comptez plusieurs centaines d’euros pour une sérigraphie, et même plusieurs milliers d’euros pour une œuvre originale. Cher, pour de « l’art vandale ».

Cédric Rémia.

Visite guidée « Street Art, zoom sur les quais du Verdanson »
2h – 9€ / Réservation sur www.montpellier-tourisme.fr

Galerie At Down
20, rue du Plan de l’Olivier à Montpellier
Du mardi au samedi de 11 à 19h

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