Mara, la croix et la manière

À 22 ans, Mara est une des figures montantes du street art montpelliérain. Aussi bien inspiré par Banksy que Ernest Pignon-Ernest, l’artiste a la particularité de représenter des personnages aux visages barrés d’une croix. Entretien.

« Je n’aime pas garder mes dessins dans mon carnet, alors je les colle ». Avec ses collages aussi inventifs que subversifs, Mara est devenu un street-artiste incontournable de la scène montpelliéraine. Âgé de 22 ans, l’artiste héraultais propose aux passants des œuvres dont la particularité est reconnaissable entre mille : tous les personnages qu’il représente ont le visage barré d’une croix. Mara, lui, est paradoxalement un artiste aux multiples visages.

Heures de colle

Né au Maroc, Mara – Anass de son vrai prénom – a grandi à Lunel, puis à Montpellier, dans le quartier de la Paillade. Actuellement en licence information et communication, il est diplômé d’un bac pro dessin et d’un BTS en design. Dès son plus jeune âge déjà, Mara dessine avec passion. « Gamin, mes profs avaient capté que j’avais une aptitude pour l’art », se souvient-il. Au collège, le jeune passionné de culture hip-hop s’essaye au graffiti dans un gymnase du quartier de la Croix d’Argent. Un premier contact grisant.

Parmi les différentes techniques du street art, Mara opte finalement pour le collage. Après avoir dessiné son œuvre, l’artiste montpelliérain l’imprime, la découpe et la colle sur les murs de la ville. Un choix évident pour celui a qui réalisé son stage de 3ème dans une imprimerie et qui a, plus tard, travaillé un an dans le même établissement. « En 3ème, mon tuteur de stage était le père de Zest (street-artiste montpelliérain de renom, ndlr), ça m’a aussi donné envie de faire ça », assure Mara. À 17 ans, il réalise son « premier vrai collage », selon ses dires, avec son personnage au visage barré d’une croix. « C’était à la Paillade. J’ai fais ça à 3 heures du matin. Il s’est fait arracher 2 heures après », se remémore-t-il, amusé.

Les personnages de Mara, sans identités, représentent n’importe qui et permettent ainsi aux passants de s’identifier. « La croix, c’est symbolique, ça représente l’anonymat », explique-t-il. Avec ces clés de compréhension très simples, il cherche davantage à porter l’attention sur le message de son œuvre. Accessoirement, le jeune artiste reconnaît qu’il ne sait pas dessiner les visages. Ce qui l’arrange un peu au final, reconnaît-il en plaisantant.

L’égocentrisme, les réseaux sociaux, l’amour, l’écologie… à travers ses oeuvres, Mara livre sa vision du monde sous un angle très corrosif. « Je n’ai pas de thème vraiment précis. Je peux parler de l’actualité, d’un sujet qui me touche et le message sera clair. Mais je peux aussi parler de choses beaucoup plus personnelles, des questions que je me pose sur l’humain, sur sa façon de vivre et ses valeurs. Dans ce cas, je pense que mon travail est plus poétique », estime le colleur inventif.

Grâce au street art, Mara établit une correspondance avec les autres. « Je ne suis pas un mec qui parle beaucoup, je suis introverti. Avec le street art, je montre ce que je pense sans me montrer physiquement. C’est mon moyen d’expression comme c’est Twitter pour d’autres. Mon personnage avec la croix, il peut avoir un impact sur les gens. J’ai besoin d’avoir cette interaction avec la population. La rue, c’est un support », confie l’artiste urbain.

Heures de gloire

Au-delà de la région montpelliéraine, Mara a réalisé différents collages dans plusieurs villes européennes, et notamment Paris, Florence et Berlin. « Dès que je voyage, j’essaye de faire un collage », assure-t-il. Repéré sur les réseaux sociaux, Mara dispose aujourd’hui de milliers de fans et d’une certaine notoriété dans le milieu. « C’est cool, ça me fait plaisir, mais ce n’est pas le but recherché. À vrai dire, ça me met mal à l’aise, je ne suis pas habitué à ça, j’ai toujours été à l’écart », raconte-t-il. « À Montpellier, je ne vis pas cette notoriété car je pratique le collage la nuit, en sous-marin. Les gens ne font pas attention. Puis, à ces heures là, les jeunes sont souvent dans un état second avec l’alcool », poursuit Mara.

Sous forme de stickers, en personnalisant des objets… le jeune street-artiste entretient le culte autour de son personnage au visage barré , symbole atypique de son art. Il a même conçu une cagoule blanche avec une croix noire, à la manière de ses personnages, qu’il porte fièrement sur les réseaux sociaux. Comme si le personnage avait pris le pas sur l’artiste, la création sur son créateur, Mara sur Anass. « Je ne me créé pas un personnage avec le street-art, je n’ai pas besoin d’alter-ego », réfute pourtant l’artiste héraultais.

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Le côté revendicateur de ses oeuvres, Mara le doit à ses influences. Le jeune artiste a puisé son inspiration dans le travail de Bansky, graffeur britannique mondialement connu pour ses pochoirs aux messages militants, mêlant politique, humour et poésie. « Je suis tombé sur un livre de Bansky quand j’étais enfant, ça a changé ma vie, ça m’a donné envie. Le cynisme, j’aime beaucoup, ça m’a influencé », raconte-t-il.

Mara s’est également inspiré de l’artiste plasticien français Ernest Pignon-Ernest, considéré comme le pionnier de l’art urbain en France. « Ses dessins en situation avec la rue, ce jeu entre l’art et l’urbanisme, ça m’a beaucoup plu », confie-t-il. Comme les œuvres de Pignon-Ernest, les collages de Mara, au-delà de leurs messages, deviennent souvent des éléments entiers des lieux où ils ont été posés. Et comme son illustre aîné, Mara a désormais pignon sur rue.

Reste encore un mystère autour de Mara, celui de son nom d’artiste. N’allez pas chercher du côté de Jean Paul-Marat, figure emblématique de la Révolution française, ou de la journaliste Audrey Crespo-Mara. L’origine du nom « Mara » est tout autre. « À côté du street art, ça fait 12 ans que je fais de la capoeira. Dans ce sport, il y a la tradition de donner un surnom. On m’a baptisé Maracuja, ce qui signifie fruit de la passion. C’est resté et, avec le temps, c’est devenu Mara », explique-t-il. Un pseudonyme approprié pour un artiste qui cultive sa passion depuis l’enfance.

Cédric Rémia.

Facebook : Mara Street Art
Instagram : mara_mtp

*Entretien téléphonique réalisé le 22 septembre 2017.

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