Nazu et Faust : « C’est difficile de percer dans le street art à Montpellier »

Graphistes indépendants, Nazu et Faust tentent tant bien que mal de se faire un nom dans le milieu très fermé du street art montpelliérain. Malgré les difficultés, ils ont trouvé du soutien auprès d’une association locale d’art urbain. 

À Montpellier, le street art fait les beaux jours de quelques galeristes et par extension de quelques artistes. Certains s’en tirent à bon compte, d’autres galèrent. Pas facile, en effet, de vivre de son métier d’artiste et de se faire un nom sur la scène montpelliéraine, déjà riches de grands noms. Une situation que connaissent bien Faust et Nazu, deux artistes héraultais. Respectivement âgés de 26 et 22 ans, ces jeunes talents sont tous les deux diplômés de l’Ipesaa, une petite école d’arts appliquées montpelliéraine, située derrière le centre commercial Polygone.

Aujourd’hui, les deux compères sont devenus graphistes indépendants, jonglant entre le street art, l’illustration et le graphisme. « On fait aussi du digital painting, des logos, des portraits dessinés », énumèrent à tour de rôle Nazu et Faust. Selon eux, les jeunes artistes émergents sont aujourd’hui dans l’obligation d’être polyvalents, contraints d’avoir de nombreuses commandes pour vivre décemment de leur métier. Malgré leur talent et leur diversification, ces deux touche-à-tout n’y arrivent pas encore. « Avec les aides de Pôle Emploi, ouais, on y arrive ! » , lance Nazu, en s’amusant.

Les oeuvres de Nazu, Baptiste de son vrai prénom, mettent en scène des animaux surréalistes et des machines dans des décors aussi colorés qu’oniriques. Crédit photo : Cédric Rémia.

L’un comme l’autre tempèrent la situation, estimant qu’ils n’en sont qu’à leurs débuts. « Il suffit juste de trouver les bons clients, les gens qui peuvent être intéressés par ce que tu fais », explique Faust. L’idéal rêvé de ces deux artistes serait d’être exposé en galeries et d’y vendre leurs œuvres. « C’est difficile à Montpellier. C’est une ville assez fermée et individualiste au niveau de l’art, elle n’intègre pas assez les artistes émergents, regrette Faust. Quand on débute, on a besoin d’une structure ou d’un petit coup de main ».

Rencontres artistiques

À défaut d’être aidés par la mairie, Nazu et Faust ont trouvé du soutien auprès de l’association Line Up, qui promeut le street art à Montpellier depuis 2016. Situé dans les ateliers Ernest Michel, ce collectif accueille des artistes en résidence artistique, permanente ou ponctuelle, dans ses locaux. « On recrute au feeling, au gré des rencontres humaines et artistiques », explique Keina Liguagua, la présidente de l’association. Deux conditions sont tout de même requises pour intégrer les lieux : avoir un certain niveau de professionnalisation et être inscrit à la Maison des artistes. Un gage d’investissement pour Keini Liguagua.

Keini Liguagua pose dans les locaux de l’association Line Up, dont elle est la présidente. Crédit photo : Keini Liguagua.

En résidence ponctuelle pour trois semaines dans les ateliers de Line Up, Nazu et Faust ne font pas pour autant partie de l’association en tant que telle.  « On doit encore faire nos preuves. Mais, ils ne sont pas contre, ça se fera peut être prochainement », espère Faust. C’est grâce à un hasard du destin que les deux artistes ont rencontré la présidente de l’association. « En fait, nous avons envoyé un de nos membres, Nubian, à New-York le temps d’un mois, pour des projets artistiques. Donc, son atelier ici s’est libéré », raconte Keini Liguaga. Avant son départ, Nubian avait présenté Nazu et Faust à la présidente de Line Up, qui leur a proposé d’investir les ateliers de l’association pendant quelques temps. « J’ai tout de suite vu que ce sont des jeunes qui ont déjà fait mal de choses et qui sont dynamiques », s’enthouasiasme Keini Liguagua. Nazu, par exemple, a réalisé des couvertures pour le magazine de street culture Jacker. « Ça montre une certaine qualité de travail », poursuit la présidente de Line Up.

Un projet collaboratif

Pour Faust et Nazu, cette résidence artistique ponctuelle est une aubaine. Ils espèrent tous les deux se servir de cette expérience comme tremplin. L’association, en effet, peut leur permettre de participer à des appels à projets, des réalisations de fresques ou encore des concours d’illustrations. Pendant ces trois semaines, les deux compères collaborent d’ailleurs sur Osmoz Graphic, un projet collaboratif regroupant des travaux de peinture mais aussi des oeuvres numériques.  « Leur complémentarité est une force », assure Keini Liguagua . Ensemble, ils comptent bien développer les expositions, fresques et festivals pour percer dans le milieu de l’art urbain montpelliérain.

Surtout, Line Up leur permet d’être quotidiennement en contact avec d’autres street artistes, membres de l’association. « On voit ce qui se fait à côté, comment les gens travaillent. Ça nous permet de nous nourrir de ce qu’ils font pour évoluer en tant qu’artiste et nous perfectionner », explique Faust. Au lieu de réaliser leurs œuvres chez eux, ils se rendent donc tous les matins dans les ateliers de l’association pour peindre et graffer. « Ça donne la sensation d’aller au travail », confie Faust. Et accessoirement, ici, ils peuvent mettre de la peinture sur les murs, sans avoir à s’en expliquer avec leurs propriétaires.

Cédric Rémia.

Nazu
Instagram : nazu.oyasumi
Facebook : Nazu oyasumi

Faust
Instagram : faust_graphics
Facebook : Faust Graphics

Association Line Up
24 Rue Ernest Michel, 34000 Montpellier
07 88 99 98 30

*Entretien et visite de Line Up réalisés le 27 juin 2018.

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